L’inexorable et flamboyante chute d’une dynastie corrompue. Ce résumé digne d’une tragédie grecque pourrait synthétiser Rosebush Pruning, mais il passerait à côté de ce qui fait son sel : une explosion de malaise, trash et hautement stylisée, portée par des acteurs de haut vol
Disons-le d’emblée : fans du cinéma de Lanthimos (Bugonia, Kinds of Kindness, The Lobster), ce film est pour vous ! Et pour cause : au scénario, on retrouve Efthimis Filippou, co-architecte du style si singulier du cinéaste grec. C’est surtout avec leur première collaboration, Canine (2009), que résonne ce nouvel ovni : une famille écrasée par la violence de son patriarche, des enfants devenus adultes mais maintenus dans une ignorance infantilisante, de l’inceste. Tous les thèmes y sont, baignés dans une atmosphère aussi malaisante qu’hypnotique.
Mais la filiation est aussi celle de son réalisateur : Karim Aïnouz y injecte sa propre sensibilité, mêlant queerness violentée et satire soutenue de la décadence bourgeoise. C’est aussi sur la forme, bien sûr, que l’on reconnaît sa patte. Comme dans son film précédent, Motel Destino, il nourrit la tension et les ambiances par une véritable perfusion de couleurs saturées et de techno fiévreuse.
Ce qui donne véritablement corps à cette famille aux allures de meute de loups fratricides, c’est la force de son casting : notamment Elle Fanning, qui apporte des touches de subtilité au milieu du chaos, et un malicieux Callum Turner, qui nous sert de guide, et dont il serait bien imprudent de trop se fier.
Gilles Grégoire Pirothon, les Grignoux