En reproduisant mot pour mot une conversation enregistrée en 1974 entre le photographe Peter Hujar et l’une de ses amies, Ira Sachs (réalisateur de Love Is Strange, Brooklyn Village et plus récemment Passages) compose un fascinant portrait d’artiste. Un film singulier qui transforme le récit d’une journée ordinaire en hommage vibrant à la scène artistique new-yorkaise des années 1970
En décembre 1974, l’écrivaine Linda Rosenkrantz et le photographe Peter Hujar enregistrent une conversation dans l’appartement new-yorkais de cette dernière, alors qu’elle travaille sur un projet de livre qui consiste à demander à des artistes de raconter leur journée de la veille. Leur échange révèle un aperçu de la scène artistique new-yorkaise et des luttes personnelles qui ont jalonné la vie de l’artiste…
Célèbre pour son intransigeance, son refus du maniérisme et ses portraits du milieu underground, Hujar est considéré comme l’un des personnages les plus importants de la scène culturelle de New York dans les années 1970 et 1980. Cette conversation autour d’une journée apparemment banale donne non seulement accès aux détails qui composent le quotidien d’un artiste, mais aussi à une réflexion plus profonde sur la création, le regard et le sens même de l’acte artistique. Par sa mise en scène d’un remarquable minimalisme et grâce à l’interprétation habitée de Ben Whishaw, Ira Sachs parvient à faire surgir toute la richesse de cette parole, jusqu’à transformer un simple récit de vie en une méditation captivante sur l’art, le temps et la mémoire.
Dans cet interstice d’un peu plus d’une heure, le cinéaste nous plonge également au cœur de la scène artistique de l’époque. Une période foisonnante où Hujar côtoie Allen Ginsberg, Susan Sontag, Fran Lebowitz ou encore Andy Warhol, toute une constellation qui a contribué à redessiner les contours de la photographie, de la littérature et de la culture américaine. Mais le spectateur d’aujourd’hui sait aussi ce qui attend cette génération. Peter Hujar mourra du sida en 1987 et cette disparition, qui fait écho à tant d’autres, diffuse sur le film une insondable mélancolie.
Alicia Del Puppo, Les Grignoux