Jean-Benoît Ugeux, figure bien connue du cinéma belge comme comédien, est aussi un réalisateur de talent. D’une belle rigueur formelle, son premier long métrage de fiction explore avec personnalité le registre de la comédie sentimentale, teintée de burlesque, à travers le quotidien d’un quadra en crise
Ludovic, un architecte quarantenaire à qui tout réussit, commence une idylle avec Nathalie, mère de deux jeunes filles, Laëtitia et Luna. Au fur et à mesure que se tisse leur amour naissant, Ludovic se sent de plus en plus proche d’elles. Mais lorsque Nathalie décide de prendre ses distances avec lui, ce dernier perd pied. Commence alors une longue chute…
Depuis plus de vingt ans, Jean-Benoît Ugeux incarne des personnages à la télévision (dans des séries comme La Trêve et Parlement) et surtout au cinéma, sous la direction de noms qui comptent en Belgique et en France tels Emmanuel Marre, Michael Roskam, Joachim Lafosse, Xavier Seron, Mathieu Donck, Gustave Kervern-Benoît Delépine ou encore François Ozon. Des univers et styles forts dans lesquels il peut explorer les facettes protéiformes de son jeu, du drame le plus sérieux à la comédie la plus burlesque. Parallèlement, Jean-Benoît Ugeux mène une carrière avec tout autant d’exigence et de cohérence comme producteur, réalisateur de documentaires et de courts métrages de fiction, non sans avoir précédemment exercé la fonction de metteur en scène de théâtre. Une diversité d’expériences qui en dit long sur l’appétit et la curiosité d’un artiste décidément en mouvement.
Avec son premier long métrage de fiction, il réussit une attachante chronique de la vie ordinaire d’un quadragénaire en pleine crise. Le sujet est connu et très souvent traité, notamment dans les comédies américaines indépendantes et les séries, mais Jean-Benoît Ugeux l’investit avec tant de sincérité qu’il en fait une œuvre à l’identité propre. D’emblée et avec enthousiasme, on souligne ce qui en fait un beau film de cinéma : le sens du découpage et du cadrage tout en dépouillement, la fluidité du montage, l’attention portée aux décors intérieurs, l’étirement du temps pour faire surgir le trouble et la vérité, et l’écriture fine de dialogues à l’ironie douce. Il faut aussi mentionner le jeu tout en sobriété mâtiné d’étrangeté de Jean-Benoît Ugeux, cette façon légèrement décalée, presque musicale, de dire les mots, ces expressions du corps et du regard aux portes de la BD qui nous font dire que son personnage, plein de spleen, est impossible à rejeter. Lui, comme tous les autres qui l’entourent, dégagent beaucoup d’humanité et cette tendresse générale qui parcourt le film en est son ciment. Tout en étant sentimental dans l’observation des rapports amoureux et familiaux, Jean-Benoît Ugeux veille à donner de la hauteur à un film tout sauf autocentré.
Il enfile les habits d’un architecte qui, tout en cherchant sa place dans sa ville (Bruxelles que le film montre loin des clichés de capitale, dans toute sa simplicité) et sa nouvelle famille, veut « construire des bâtiments pour que les gens soient heureux dedans ». Il défend la nécessité de préserver un lieu en travaillant sa rénovation, et non de tout raser pour reconstruire du neuf.
Mais que resterait-il alors du passé si on efface les traces de son histoire ? Ce questionnement philosophique dit tout de la profondeur d’une comédie mélancolique, minimaliste et bien de son temps.
Nicolas Bruyelle, les Grignoux