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Relecture décomplexée des codes du polar et de la comédie dans ce territoire rural dont il investit la face sombre, ce premier film découvert à Cannes fait des étincelles en entrechoquant les contraires. Comédien hors norme, Alexis Manenti nous subjugue dans un registre burlesque totalement déjanté
Dans la campagne du nord-est de la France, les sangliers ravagent les cultures et sont à la source d'une guerre ouverte entre chasseurs et agriculteurs. Brun, céréalier en faillite, lutte pour maintenir sa ferme à flot. Quand un notable du coin le pousse à bout, il déraille et disparaît. Un an plus tard, Fulda, un gendarme corse muté dans la région pour raisons disciplinaires, mène l'enquête. Entre intuitions fulgurantes et ratés spectaculaires, ses méthodes approximatives le mènent sur la piste des Attilas, des sangliers aux dimensions hors norme. Depuis Grave de Julia Ducournau, véritable film-manifeste qui a, il y a une dizaine d'années, décomplexé et féminisé le film de genre en le décloisonnant de ses conventions et en l'ouvrant à d'autres possibles sur le plan esthétique comme thématique, la production française dans le domaine est particulièrement dynamique et stimulante. Pour se démarquer, chaque film a toutefois intérêt à se définir comme prototype apportant une réelle plus-value, au risque d'une saturation et d'une normalisation de l'offre qui finirait par détourner l'attention par trop de clichés. Chaque film doit être capable de jouer avec des codes scénaristiques reconnaissables entre mille, jusqu'à les détourner comme dans ce premier essai présenté à la Quinzaine des Cinéastes à Cannes. Sur papier, L'Espèce explosive coche toutes les cases attendues : la forêt inquiétante, les animaux mystérieux, les disparitions énigmatiques, l'enquête policière qui patine, les conflits locaux, etc. Ces codes du genre, la jeune cinéaste Sarah Arnold se les approprie pour offrir de solides fondations à son histoire qui, de façon détonnante, va marier l'angoisse à l'humour, s'appropriant aisément et rapidement l'adhésion du public tant la démarche est ludique. Alexis Manenti est un des tout grands talents d'aujourd'hui, l'un de ces comédiens qui installent tout de suite une présence à l'écran, dense et magnétique, sans rouler des mécaniques. Jusqu'ici, on l'avait essentiellement repéré dans un registre mélancolique et dramatique (Les Misérables, Dalva, Le Ravissement), loin d'imaginer qu'il pouvait exceller à ce point dans la comédie burlesque puissance mille. Son personnage d'enquêteur à côté de la plaque, angoissé et borderline au regard hagard, est à la source de séquences désopilantes. Comme quand son corps lourd se met à bouger dans tous les sens, à l'image d'un robot victime de ratés incontrôlables, ou lorsqu'il crie « Vive la révolution ! », les bras en l'air, devant un poulailler. Jamais ce film ne va en ligne droite, toujours il préfère emprunter de petites routes cabossées pour secouer les conventions. En plus d'une lecture personnelle du polar teinté de fantastique, la jeune cinéaste s'intéresse, comme d'autres de sa génération, à l'état d'un monde rural dont le secteur agricole se paupérise et où des conflits, parfois violents, peuvent surgir, comme ici entre des chasseurs et des fermiers. Cette toile de fond réaliste donne à cette comédie foldingue une épaisseur bienvenue. Derrière sa truculente galerie de portraits, elle démontre à quel point elle témoigne de sensibilité en pointant ce qui se joue de dramatique sur la terre ferme, au milieu des champs et des bêtes qui rôdent, en pleine crise économique.