le Mer. 07 Octobre 2026 à 20h00
Seize ans après Les Amours imaginaires de Xavier Dolan, Monia Chokri et Niels Schneider partagent à nouveau l'affiche d'une histoire d'amour, cette fois bien plus sombre et tumultueuse. Pour son quatrième long métrage, Géraldine Nakache (Tout ce qui brille) met en lumière les mécanismes de l'emprise qui transforment l'amour en enfermement, à l'origine de tant de violences conjugales
Lorsque Gil rencontre Jacques, leur amour semble évident. Mais l'intensité des débuts laisse vite place à une relation où elle se sent de plus en plus emprisonnée, jusqu'à en perdre ses repères. Jacques la rassure : si elle pense bien, il ne lui arrivera que du bien. Peu à peu, Gil comprend le contrôle que son compagnon exerce sur sa vie.
Au moment de leur rencontre, Gil est une femme indépendante. Cheffe-opératrice pour le cinéma, elle a l'habitude des plateaux, du travail en équipe et de l'ambiance festive post-tournage. De son côté, Jacques, davantage sérieux et tiré à quatre épingles, occupe un poste à responsabilités dans le milieu des affaires. Tous deux sont de confessions juives, mais lui est pratiquant tandis qu'elle baigne simplement dans cette culture depuis l'enfance sans jamais vraiment en avoir suivi les règles. Ils se marient rapidement selon les traditions juives et, très vite, la religion devient l'un des espaces où s'exerce le contrôle grandissant de Jacques.
Chaque mois, Gil doit notamment se rendre au mikvé, bain rituel auquel elle se plie malgré les contraintes qu'il impose. Ce rituel, qui revient régulièrement dans le film de manière toujours plus anxiogène, devient alors l'un des marqueurs de l'isolement progressif de Gil. Car c'est bien par une succession de détails, de micro-événements aux airs inoffensifs, de disputes suivies d'excuses puis d'accès de colère toujours plus inquiétants que Jacques resserre peu à peu son emprise, jusqu'à éloigner Gil du monde et de celle qu'elle était.
Habituellement adepte des comédies, Géraldine Nakache s'aventure pour la première fois sur le terrain du drame. Coécrit avec le cinéaste belge David Lambert, le scénario explore également les doutes qui s'emparent de Gil, cette peur d'avoir fauté qui l'assaille sans arrêt, ainsi que l'inquiétude de ses proches démunis face à une situation qu'ils sont contraints d'accepter pour ne pas la perdre totalement.
De facture classique, le film se concentre sur la déliquescence progressive des liens affectifs, qui glissent peu à peu de l'amour vers le contrôle et la fureur. Monia Chokri et Niels Schneider sont tous deux remarquables et s'emparent avec le plus grand soin de ces deux personnages complexes, conscients de la responsabilité qui leur incombe : incarner, sans jamais les simplifier, les mécanismes qui font insidieusement basculer l'amour dans l'oppression.
Alicia Del Puppo, Les Grignoux