2026-06-03
12:05
2026-06-03
19:45
2026-06-03
20:15
2026-06-04
12:00
2026-06-04
14:30
2026-06-04
17:15
2026-06-04
17:30
2026-06-05
12:05
2026-06-05
14:30
2026-06-05
18:00
2026-06-05
19:45
2026-06-06
20:00
2026-06-06
20:45
2026-06-07
17:45
2026-06-07
20:45
2026-06-08
12:05
2026-06-08
13:45
2026-06-09
12:00
2026-06-09
14:00
2026-06-09
19:45
Située entre le drame historique et la fable onirique, cette œuvre du hongrois László Nemes (Le Fils de Saul), passée sous le filtre incandescent de la poésie, épouse le point de vue d’un enfant en plein apprentissage de la vie, au cœur d’un monde oppressant
Budapest 1957, après l'échec de l'insurrection contre le régime communiste. Andor, un jeune garçon juif, vit seul avec sa mère Klara qui l'élève dans le souvenir de son mari disparu dans les camps. Mais quand un homme rustre tout juste arrivé de la campagne prétend être son vrai père, le monde d’Andor vole soudain en éclats…
Révélation du Festival de Cannes 2015, László Nemes en repartit avec le Grand Prix du Jury pour Le Fils de Saul, un premier film qui nous plongeait de manière radicale et audacieuse dans l’horreur absolue, celle du camp d’extermination d’Auschwitz durant la Seconde Guerre mondiale. Tout en plans serrés et travaillés par le hors champ, ce choc esthétique et émotionnel total, on le devait à un jeune homme de 37 ans, ancien assistant de Béla Tarr.
Cinéaste plasticien travaillé par le chaos de l’Histoire, László Nemes confirme onze ans plus tard toute la cohérence de sa démarche avec son troisième film, Orphan, présenté en compétition au dernier Festival de Venise.
Dans des décors urbains nocturnes et en ruine, évocation d’une Hongrie blessée et angoissée qui peine à se remettre sur pied, dix ans après la guerre et en pleine oppression communiste, Orphan dépeint un monde suffocant au cœur duquel l’enfance se débat et, livrée à elle-même, se méfie des adultes. Andor est confronté à l’une des pires choses qui soit : être en questionnement permanent sur ses origines, ici paternelles. Quand cet homme imposant apparait dans sa vie comme un véritable personnage de conte, à la fois ours mal léché au grand cœur et ogre inquiétant dont Grégory Gadebois rend si crédible la double facette, Andor est tiraillé : il ne sait plus s’il doit enlacer ou repousser le corps lourd et imposant de cet adulte qui jure se présenter comme son père biologique. Mais est-ce possible ?
Virtuose de la mise en scène, László Nemes recourt à de longs plans séquences et une photographie à la tonalité sépia, connectée à la trajectoire labyrinthique d’un jeune personnage en plein doute. Ce type de plans, dans leur fluidité et leur durée longue, cette lumière très travaillée, quasi irréelle, mais aussi ces cadrages en contre-plongée et cette bande-son omniprésente qui déstabilisent notre rapport aux espaces font la richesse du film. Ils apportent une nette dimension poétique à un matériau scénaristique de base, réaliste et très psychologique. Orphan est une passionnante expérience immersive de cinéma, aux questionnements universels entêtants.
Nicolas Bruyelle, les Grignoux