Situé quelque part entre les films Aftersun — pour la tragédie familiale qui se joue en sourdine — et Nomadland — pour la traversée mélancolique des paysages de l’Ouest des États-Unis —, Omaha s’impose comme un petit joyau du cinéma indépendant américain
Ella et son frère Charlie sont réveillés en pleine nuit. Sans explication, leur père les embarque pour un long voyage sur les routes du Midwest. Tandis que les deux jeunes enfants découvrent un monde qu’ils n’ont jamais vu, leur père demeure mutique et soucieux. Ella commence alors à entrevoir la vérité derrière ce voyage improvisé…
Comme un sanglot retenu, Omaha serre le cœur sans jamais désigner clairement d’où vient ce chagrin latent. Dès le départ, nous entrevoyons une détresse : ce foyer quitté dans l’urgence, ce break fatigué qu’il faut pousser pour le faire démarrer, ce regard fuyant d’un père qui s’efforce pourtant de tenir le cap. Peu de choses sont dites dans Omaha. Les dialogues sont rares, les actions discrètes : faire le plein, acheter des friandises, passer la nuit dans un motel en bord de route… Tout se joue dans la tension qui habite chaque instant, dans les silences, dans les regards. Parce que le père compte ses billets, que sa fille le voit, et que le désarroi qu’elle enfouit vient toucher l’enfant qui demeure en chacun·e de nous.
Le réalisateur Cole Webley, dont il s’agit du premier long métrage, signe également la photographie du film. Son approche visuelle participe pleinement à l’identité du film : une narration qui passe avant tout par l’image, notamment dans sa manière de capter les paysages. Road movie aux teintes nostalgiques, où les personnages écoutent de la musique et observent en silence le monde défiler à travers les vitres, Omaha avance progressivement vers cette tragédie qui le hante depuis le début, jusqu’à atteindre son point de bascule… Une œuvre à la fois douce, belle et dévastatrice.
Alicia Del Puppo, les Grignoux